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الثلاثاء، 5 مارس، 2013

Le PAS de Deauville fait chavirer l’économie et la souveraineté de la Tunisie



Naomi Klein a écrit : « à la suite d’un choc violent (révolution politique, guerre, catastrophe naturelle, assassinat politique, etc.), il s’agit à chaque fois de profiter du « choc » pour s’introduire et faire perdre à une entité ou un Etat sa souveraineté, son self-control, pour la placer sous un contrôle extérieur. »

Naomi Klein est journaliste, auteur et militante altermondialiste canadienne, qui a publié en 2007, son livre intitulé « la Stratégie du choc », un ouvrage qui expose la théorie de l’utilisation délibérée de différents chocs (sociaux, économiques et politiques notamment) comme une sorte de brèche pour y faire passer des réformes économiques néolibérales majeures. Ces réformes ne pourraient donc pas être installées en temps normal. En revanche, l’un des économistes les plus influents en Amérique, Milton Friedman présente les choses autrement : sa méthode qualifiée de traitement de choc consiste à mettre le plein pouvoir d’un pays entre les mains de technocrates qui « en apparence » montrent une impartialité totale sur fond d’objectivité et qui défendraient avec acharnement le modèle de l’ultralibéralisme. Plus clairement, ces technocrates sont des hommes politiques portant la casquette de la neutralité et imposeraient, dans l’immédiat, à la suite d’une crise, un train de réformes économiques douloureuses.

Au-delà de l’aspect académique et théorique des deux théories séduisantes et accrocheuses en apparence, les idées avancées par Naomi Klein et Milton Friedman nous rappellent le fameux sommet du G8 tenu à Deauville en mai 2011 et auquel la Tunisie avait pris part. Un sommet qui a donné naissance au partenariat de Deauville signifiant d’« accompagner les changements historiques actuellement à l'œuvre dans plusieurs pays d'Afrique du Nord et au Moyen-Orient. »

Les objectifs du Partenariat ont été présentés sommairement à Deauville sous la présidence française, ce sera un an plus tard qu’ils seront étalés dans les détails au Camp David sous la présidence américaine. En parcourant le programme, il devient clair que l’assortiment de tous les domaines se référant à la politique économique d’un pays, en l’occurrence la Tunisie, sont touchés. Néanmoins, et c’est là que cela devient intéressant : il existe un chapelet de mesures relevant des réformes structurelles, donc faisant partie du PAS (Plan d’Ajustement Structurel) dont la mise en place s’avère éreintante. Et pour cause, ces mesures impopulaires sont une sorte de pilule difficile à faire avaler au peuple.

Voyons tout cela de plus près. Le Partenariat de Deauville intègre un grand nombre d’acteurs, notamment les différents pays du G8, et indispensablement les IFI (Institutions Financières Internationales). Il faut souligner, à toute fin utile, que certains des membres du G8 sont davantage impliqués que d’autres, nous citons, à titre d’exemple, la France, la Grande Bretagne et les Etats Unis d’Amérique. Ce groupe d’artisans du beau temps dans les pays arabes lésés par des années de dictature, ont mis donc en place une stratégie, dans le cadre du Partenariat de Deauville, dont le fondement est le fameux traitement de choc. Comment cela ?

D’abord, des moyens colossaux sont mis à disposition : plus de 80 milliards de dollars pour l’ensemble des pays arabes concernés, et, l’expertise des institutions et chancelleries toujours faisant partie du G8. L’objectif étant de garder sous contrôle les pays dits « du printemps arabe » et faire en sorte qu’ils ne quittent pas le périmètre brodé par le modèle de la démocratie de marché, un hybride sémantique qui peut être défini de manière simple par la privatisation donc le désengagement de l’Etat dans le sens économique de la chose, en contre-partie de la démocratie dans le sens politique de la chose. En résumé, les acteurs du Partenariat de Deauville se sont employés à esquisser les contours d’une stratégie gagnante…pour leurs propres comptes, bien entendu.

Il faut dire que les acteurs du G8 n’ont pas eu à chercher bien loin, pour appliquer leur stratégie. Le pilier fondamental de cette dernière est la création d’une diversion dont la capacité est d’accaparer toute l’attention et l’énergie des composantes de la société civile ainsi que des deux sphères économiques et politiques sans oublier dans la foulée, le peuple tout court. La division dont il est question, est celle entre laïcs et islamistes, entre conservateurs et modernistes. Le terrain était d’ores et déjà bien propice et cela conduit à la paralysie de toutes les forces vives creusant davantage la brèche pour y faire passer les réformes douloureuses envisagées. De ces dernières, nous citons un exemple tout frais : le ministère des Finances a entamé au cours du mois de février 2013, un prélèvement de l’ordre de 1% des salaires et revenus des personnes physiques, dont le revenu mensuel net dépasse 1700 dinars, sous forme de taxe. Il s’agit d’une taxe collectée au profit de la caisse générale de compensation qui rentre dans le cadre de la loi de finances 2013.

Un bémol, cependant : les conséquences de ces réformes entreprises depuis 2011, n’ont pas fait l’objet d’un débat national, la raison est bien simple : ce programme est placé sous la tutelle du Partenariat de Deauville, autrement dit, sous la tutelle de la Banque Mondiale comme l’ont été les réformes mises en œuvre par le gouvernement de Béji Caïd Essebsi. D’ailleurs, sous la loupe de l’association ACET ayant élaboré une étude dans ce sens, les résultats ont prouvé clairement que ces réformes vont à l’encontre des intérêts de la majorité écrasante des Tunisiens. Mais encore, même raisonnement pour le gouvernement d’après les élections du 23 octobre, celui de Hamadi Jebali, la Banque Mondiale a « soufflé » littéralement les réformes entreprises au cours de l’année 2012. Et, eu égard à la non inscription de ces dernières dans le programme d’Ennahdha, il y a bien lieu de conclure à ce qu’elles sont bel et bien l’œuvre de la BM régie par le Partenariat de Deauville.

Autre bémol : le rôle de l’ANC dans la signature de l’accord pour le statut avancé de la Tunisie avec l’Union Européenne qui est toujours en cours de négociation ; un rôle complètement effacé et des députés nullement consultés. L’impact sera inévitablement tangible au niveau de la souveraineté du pays. Et en ces débuts de l’année 2013, le FMI graisse la patte aux gouvernants de la Tunisie pour faire passer un PAS s’établissant de même, et d’après les dires de Chedly Ayari, gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, sous la chape du Partenariat de Deauville.
Le PAS du FMI, malgré l’étendue dangereusement douloureuse pour l’économie nationale, a échappé aux observations critiques des responsables officiels au sein des appareils de l’Etat. Toutefois, cela n’a pas été le cas de Chokri Belaïd qui a, quelques jours avant son assassinat, exprimé son refus d'un tel programme
En fait, Chokri Belaïd avait bien compris l’enjeu derrière le PAS du FMI, un enjeu désastreux pour l’économie tunisienne, impliquant, notamment, l’accroissement du déficit de la balance commerciale, et l’accroissement du déficit budgétaire, les prêts accordés par les IFI ne générant aucune ressource propre permettant leur remboursement.

De ce fait, les pertes à caractère économique sont et seront affligeantes, cela donne une image de l’enfer économique qui guette la Tunisie. Mais la perte la plus grave serait, incontestablement, celle de la souveraineté de l’Etat tunisien.

Nadya B’CHIR

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