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السبت، 2 مارس، 2013

Harlem Shake en Tunisie : face à Ennahda, la jeunesse danse la Révolution


 La danse du "Harlem Shake" se répand à travers le monde, mais prend une résonance particulière en Tunisie. Le parti au pouvoir, Ennahda, s'insurge contre la jeunesse se secouant au rythme de la chanson. Une analogie de ce que vit le pays en ce moment, explique Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre et essayiste franco tunisienne.

Édité par Alexis Toulon  Auteur parrainé par Louise Pothier
Harlem Shake à Tunis le 1er mars 2013
Harlem Shake à Tunis le 1er mars 2013 (Nawaat/Youtube)

Va quérir la dignité en enfer s'il le faut ! Et refuse l'humiliationmême au paradis. Al-Moutanabbi, poète.

TUNISIELa danse du Harlem Shake, auparavant vue comme bizarre par certains, ringarde par d’autres est devenue, depuis une semaine, l’événement chorégraphique révolutionnaire mondial.

Sa politisation est partie d’un petit lycée d’une banlieue de Tunis où des jeunes ont décidé de braver la morosité qui sévit dans ce pays depuis des mois et se sont mis à danser en signe de protestation contre l’obscurantisme qu’ils sentent s’installer de façon de plus en plus franche.
 Harlem Shake à Tunis le 1er mars 2013 (youtube)

Cette danse, Nicolas Jung la décrivait sur "Le Plus" comme s’inscrivant "dans la croyance ancestrale selon laquelle le désordre généré, la fin du monde symbolique permettra le renouveau de toute chose et la création d’un nouvel ordre." L’analogie avec ce que vit la Tunisie actuellement n’est pas si lointaine, il faut bien le reconnaître.

Une danse pour la liberté

Parce que oui, la Tunisie va mal : crise économique et sociale, sans compter les crises politique et identitaire. Oui, les Tunisiens souffrent comme en témoigne l’augmentation des consultations pour motifs psychiatriques.

Mais, ici, tempérons nos lamentations et écoutons ce que nous dit toute une génération par cette danse que l’on peut voir comme une sorte de force propulsive pour ce pays. Elle dit stop à la dépression et appelle à l’espoir.

Ces jeunes dansent leur existence et leur liberté. Ils nous affirment qu’ils savent ce qu’ils sont, et s’imposent là comme un barrage aux conservatismes afin de créer la société de demain.

C’est comme s’ils avaient décidé de reprendre les choses en mains, à l’image d’un certain 14 janvier 2011. Car il est vrai que depuis, elle s’est brusquement volatilisée cette jeunesse descendue dans les rues ce jour-là.

Une révolution pacifiste 2.0

On ne la voit ni sur les plateaux de télévision, ni au sein de l’Assemblée Nationale Constituante, ni dans les partis politiques. On lui a volé sa révolution.

Aujourd’hui, elle réclame son dû en dansant. Et pourquoi pas ? Après tout, qui aurait cru que la première révolution multimédia surgirait dans la petite Tunisie ? Eh bien, peut-être alors qu’un nouveau mode de protestation basé sur la créativité et le pacifisme vient aussi de naître la-bas.

Si le monde entier se réjouit de cette nouvelle forme de résistance, ce n’est pas le cas des responsables politiques tunisiens, qui se sont empressés de condamner cette danse jugée indécente et non conforme à la morale musulmane.

Nous avons été nombreux à avoir compris "morale wahhabite", car la Tunisie musulmane a toujours dansé qu’elle soit habillée ou la peau à l’air et cela n’a jamais gêné personne.

Leurs réactions disproportionnées à l’encontre des élèves y compris à travers la mobilisation des forces de l’ordre devant certains établissements, n’a eu une portée que très relative.

En effet le mouvement s’est démultiplié dans toutes les régions du pays en soutien à leurs camarades de Tunis, parfois au risque de se faire agresser par des salafistes.

Danser pour prouver sa citoyenneté 

Alors, les responsables gouvernementaux tunisiens sont devenus la risée de tous car personne ne comprend que des ministres empêchent des jeunes de danser. D’autres dirigeants mondiaux, en cette période de crise générale prieraient jour et nuit pour voir leurs jeunes aussi enthousiastes et prompts à faire la fête malgré l’avalanche de mauvaises nouvelles quotidiennes.

N’avaient-il pas réagi, de la sorte, ces mêmes dirigeants tunisiens, lorsque des prêches salafistes se sont imposés dans des établissements de l’éducation nationale ou lorsqu’ils préconisaient devoiler des petites filles ?

Cette danse est désormais bien plus qu’un simple déhanchement anarchique sur une musique plus ou moins appréciable. Elle est un message profond venu de jeunes tunisiens qui nous donnent une leçon de citoyenneté.

Par des moyens certes moins solennels mais bien plus percutants, ils répondent aux polémiques stériles qui freinent les travaux de l’Assemblée Nationale Constituante depuis bientôt deux ans parce qu’elle s’interroge encore, entre autre, sur l’identité tunisienne. Eux l’affirment en dansant, cette identité.

Une initiative à l'image du pays et de sa jeunesse

En effet, à l’image de la Tunisie, ces jeunes se sont déguisés avec des burnous traditionnels, des chéchias (sorte de calotte en laine rouge vermillon), mais aussi avec des tenues "occidentales" ou des déguisements foutraques à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays.

Cette initiative ressemble au pays : joyeuse, exaltée, bruyante, imaginative, mixte, humoristiques, accueillante, jeune et optimiste.

Leur culture, ils la connaissent, leur religion aussi, et cela n’avait jamais été un problème dans ce pays avant que l’affichage religieux ne soit imposé par certains qui sont revenus d’ailleurs après des années d’exil et qui n’ont pas vu ce pays évoluer.

Ceux-là ont voulu imposer une autre morale, une autre religion, une autre identité et même une autre langue. Si bien qu’ils ne sont pas compris par de nombreux Tunisiens qu’ils contraignent de se plier à leur bon vouloir.

L'art, la danse : l'expression de la liberté

Mais après plus de deux années de patience, les jeunes leur répondent que personne n’a de leçon à leur donner sur leur identité ni même le pouvoir de les empêcher de prendre toute la place qu’ils méritent dans ce pays jusqu’à faire parler d’eux dans le monde.

Pour cela, ils créent, ils occupent les galeries d’expositions, ils écrivent, ils squattent tous les réseaux sociaux, dirigent des associations et surtout, maintenant, ils dansent à la barbe des salafistes.

Le 1e mars, ils ont dansé malgré les trombes de pluies qui se sont abattues sur Tunis, devant le Ministère de l’Education Nationale, devant le siège de l’Assemblée Nationale Constituante et un peu partout dans le pays.

C’est le "Salaf shake" qui secoue les conservateurs de tous bords et va réveiller enfin ce pays de sa léthargique que l’on espère très passagère.


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