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الجمعة، 8 مارس، 2013

Journée des droits des femmes : en Tunisie, le combat est quotidien, pas occasionnel



La journée internationale des droits des femmes a été instaurée en 1977 par les Nations unies. Elle constitue depuis une journée marquée par un hommage aux femmes, à leurs mérites et à leur existence tout court.

Nombreuses sont les personnes qui se disent opposées à une telle célébration. Dans l'institution d’une fête pour la femme, beaucoup voient une forme de ségrégation exercée à l’encontre de celles-mêmes qu’on semble glorifier. Raison est de se poser la question quant à la mise en place d’une célébration basée sur le sexe et non sur une qualité, un accomplissement ou un événement historique. Raison est de se demander pourquoi il n’existe point de fête en l’honneur des hommes.

Il est des Tunisiennes dont c'est la fête tous les jours

Toutes les femmes se valent-elles ? sont-elles toutes dignes d’une telle distinction à la fois élogieuse et ségrégative. En Tunisie, un des rares pays arabes où la femme jouit d’un statut de privilégiée relativement aux pays voisins, la journée de la femme se fête doublement puisque s’y fêtent la journée internationale des droits des femmes le 8 mars et la fête de la femme le 13 août.

Cependant, il est des Tunisiennes dont c’est la fête tous les jours. En Tunisie, une grande importance est accordée à l’apparat. Et dans ce même contexte la femme tunisienne dispose d’un ministère à elle seule, le ministère des Affaires de la femme. Ceci est loin de nous rappeler l’aspect ségrégatif déjà abordé et la question du pourquoi un ministère pour la femme et pas pour l’homme, parce que le ministère de la femme est un ministère d’apparat. Ayant distribué les portefeuilles ministériels comme on distribuerait des valises remplies de billets, c’est-à-dire par complaisance et non selon les critères de compétences, le gouvernement tunisien post-révolutionnaire a nommé une personne dont les agissements à la tête du ministère de la Femme ont été dénigrés de tous.

L’instrumentalisation de la femme et la politisation de ces problématiques étaient pratiquées bien avant la révolution. Cependant, en cette période charnière que connaît le pays, les Tunisiens auraient été rassurés de voir ce ministère se donner comme cheval de bataille la défense des acquis de la femme. Comme rien n'a été accompli, ils auraient été soulagés, hommes et femmes, de voir ce ministère disparaître afin de soulager la bourse de l’État et par conséquent celle du citoyen en minimisant les charges qu’un tel ministère induit.

Batailles intellectuelles dont la femme est l'enjeu et la cible

En Tunisie, comme dans d’autres pays où les islamistes ont fait leur "coming-back", l’enjeu révolutionnaire n’est pas que politique. Il est aussi et surtout d’ordre social car la passation de pouvoir ne s’est pas faite entre gauche et droite, mais entre libéraux et ultra-conservateurs (non dans le sens économique, mais dans le sens social et au niveau des mœurs, de l’état d’esprit et de la manière d’être). La société tunisienne connaît donc en ces temps troubles une sorte de gestation qui a pour finalité de faire naître un nouveau modèle social différent de celui que la Tunisie connaît depuis des siècles.

Ces changements ont pour cible la famille dans ses différentes composantes : femme, homme et enfants. Un bras de fer s’est mis en place entre la société civile à tendance moderniste et le conservatisme du pouvoir en place. Cependant, la société civile tunisienne repose essentiellement sur un fond humain et sur une conscience quasi collective, alors que les arborescences des tendances religieuses semblent disposer de fonds financiers importants.

On investit donc dans des écoles coraniques pour femmes, dans des associations prônant le Hijab et même dans des structures visant à éduquer sexuellement les jeunes mariées selon les normes religieuses. Dans cette bataille intellectuelle teintée de nuances spirituelles dont la femme est à la fois l’enjeu et la cible, on rivalise d’efforts pour charmer la femme par des attitudes tantôt rassurantes tantôt alarmistes quant à la préservation de ses acquis dans cette société en transition.

Au-delà de la liberté acquise, la femme s’est retrouvée aliénée

En cette journée des droits des femmes, journée où on glorifiera les modèles féminins de réussite, d’une certaine réussite, il serait plus légitime de glorifier les femmes combattantes malmenées par les politiques économiques en place, par une société qui les a asservies au profit de l’homme, qu’il soit père, frère ou mari.

Dans cette société ayant démocratisé le travail des femmes, l’émancipation de celles-ci a eu un visage autre que celui escompté. Nombreux sont les cas surtout parmi les classes sociales les plus défavorisées de femmes qui s’en vont travailler dans les champs, en tant qu’ouvrières d'usine ou aides ménagères, alors que leurs maris, frères ou fils passent la journée dans le café du village, attendant la paye de madame pour vivre et faire vivre leurs enfants.

Au-delà de la liberté acquise, la femme s’est donc retrouvée aliénée, asservie à cause de son propre modèle salvateur au profit de l’homme. L’important est que la femme ne soit pas qu’une image emblème de telle tendance politique ou tel modèle culturel. Le combat est quotidien et non occasionnel. Il est collectif et individuel. Cette journée du 8 mars devrait donc nous rappeler à tous que les acquis se méritent, que la liberté ne s’octroie pas par un accord présidentiel, que les droits ne sont pas qu’une affaire de législation. Tout cela se mérite, se réclame et s’arrache même, mais ne se fête pas, car rien n’est gagné, du moins au-delà de la Méditerranée.

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