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الثلاثاء، 30 أبريل 2013

Sans la composante socio-culturelle, il n’y aura pas de transition démocratique



Deux thèmes ont été développés, dans le colloque international, qui s’est tenu avant-hier portant sur « la communication politique dans le monde arabe et en Afrique, approches et mécanismes de mise en œuvre ». La séance matinale a été consacrée au traitement des approches théoriques et historiques relatives à cette question, la seconde, aux regards croisés qui y sont portés.


La transition par la violence

Dr Jamel Zran, professeur à l’IPSI, a insisté sur l’apport du facteur socioculturel dans cette transition démocratique, en ce sens que l’issue de ce qu’on appelle le « printemps arabe » est tributaire de tout un acquis qui s’est accumulé à travers l’histoire et qui a créé des réflexes chez les acteurs politiques dont l’action reste, encore, cantonnée dans une sphère fermée qui fait d’eux des sosies. Il s’est fait aidé de faits bien ancrés dans la mémoire collective arabe pour bien asseoir sa thèse. En effet, Dr Zran a relaté des épisodes connus de tous qui ont jalonné l’histoire politique décevante du monde arabe et qui attestent de l’hostilité à toute transition démocratique de la part de la classe politique. Il en a exposé les manifestations dans les deux régimes existant au sein de ce paysage étendu par la géographie, mais exigu par l’histoire et qui éprouvent des difficultés à se départir des anciennes pratiques qu’ils ont tellement assimilées qu’elles deviennent une seconde nature pour eux. Le premier, c’est celui des dynasties où les mécanismes de prédilection de transition mis en œuvre sont soit l’ostracisme, soit l’assassinat et dont le théâtre est, entre autres, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et le Qatar. La première a vu la liquidation physique du roi Fayçal, en 1974, la seconde, celle du roi Abdullah et la mise à l’écart de l’héritier légitime, le prince Hassan par son frère, le roi Hussein qui lui a préféré son fils, le troisième a connu l’éviction de l’ex monarque de l’Etat par son propre fils, cheik Hamed dont le grand-père a été démis de ses fonctions au moyen du même mécanisme. Les régimes républicains aussi n’ont pas démérité dans ce chapitre, puisque ils se sont limités à en changer, seulement, le procédé, question de se démarquer de ces régimes royalistes pour se farder de l’écorce républicaine, le moyen de transition qu’ils affectionnaient le plus, c’était celui du coup d’Etat mis en application dans nombreux pays tels que la Syrie, l’Iraq et la Libye, l’Algérie. Derrière ces actes violents, il y a, toujours, eu des centres de décision, à l’image du coup d’Etat médical de 1987 et la tentative du coup d’Etat armé de 1962, en Tunisie, par exemple. Mais quels que en soient les procédés, le fond reste le même, la violence est le point commun entre eux, elle est l’ascenseur dont ils  se servent tous pour accéder au pouvoir. Par ailleurs, Dr Jamel Zran met en exergue les trois outils de transition mis en application dans ce contexte de « printemps arabe » : la volonté populaire en Tunisie et en Egypte, la négociation au Yémen et l’intervention étrangère en Libye et en Syrie.

L’épreuve capitale

Les peules tunisiens et égyptien viennent de rompre avec cette tradition entachée de souffrance et de sang pour décréter un nouveau mode de transition, celui de la révolte populaire. Seulement, cette transition est encore en cours, souligne Dr Zran, qui ne fait pas dépendre ce changement de questions purement techniques. C’est-à-dire que la transition dépasse la simple opération électorale, elle est également, selon lui, la résultante d’une évolution au niveau des mentalités, et ce sont les élections de 2019,  à condition, toutefois, que celles de la transition aient lieu au plus tard en 2014, qui vont nous dire si on a franchi ou pas cet écueil qui nous a enfermés, jusqu’ici, dans une spirale de violence. Il va, donc, falloir attendre cette échéance, qui se déroulerait dans le cadre de la stabilité politique, pour voir si oui ou non on a changé notre vision du pouvoir et de l’autre, et que les protagonistes politiques acceptent, enfin, de jouer le jeu démocratique dont l’ingrédient principal est l’alternance pacifique. C’est cette épreuve capitale qui va répondre à cette question cruciale, attendons pour juger. Dr Zran fait remarquer que le verdict populaire du 14 Janvier de 2011 a failli tourner au coup d’Etat, puisque Mohamed Ghannouchi a essayé d’appliquer, l’espace d’une journée, l’article 57 à la place de l’article 56 dans un communiqué télévisé, le procédé par excellence de cette manière de transition chère aux putschistes.

La bifurcation de la langue

Dr Oussama Ben Abderrahman Nassar, le Saoudien, a, quant à lui, parlé de la relation entre changement politique et changement de la communication en précisant, toutefois, qu’elle n’est pas dialectique, en ce sens que le premier n’entraîne pas, forcément, le second. Il a avancé le cas égyptien comme exemple pour ses allégations lesquelles étaient contestées par la présence qui n’était pas de cet avis et ne voyait pas qu’il s’est opéré un changement radical au niveau politique, dans ce pays, comme le prétendait l’intervenant et que le même régime continue avec de nouvelles figures et sous de nouvelles appellations. C’est pourquoi, selon elle, les médias maintiennent presque le même discours. Son compatriote, Dr Mutlak Bin Saoud Al Mtiri a, lui, évoqué la communication politique et la production du sens. Dans ce cadre, il a relaté la question du complot, cette dénomination accordée, machinalement, à tout acte innovateur par les régimes arabes qui y voient un élément déstabilisateur. Cette propension systématique à l’incrimination de l’autre amène certains à considérer que les révolutions arabes s’insèrent dans le projet du « Grand Moyen-Orient » privilégiant, par là, la thèse de l’auto-mutilation et de l’incapacité des peuples arabes à être maîtres de leur propre destin. L’action révolutionnaire entreprise dans ces pays tue le sens qui devient un non-sens en raison des emplois politiques excessifs et exhaustifs de la langue, selon Dr Al Mtiri. En fait, celle-ci est bifurquée et donne lieu à deux lexiques, l’un est islamiste, l’autre moderniste, ce qui divise les sociétés arabes en deux camps antagonistes.

Les prestations des formations émergentes

Jamil Dakhlia de l’université de Paris III a parlé des prémisses d’une peopolisation politique en Tunisie. Cette notion est équivalente à ce que les Anglo-saxons  appellent « celebrity politics » dont la fonction est d’assurer la promotion des personnalités politiques dont elle met en valeur le style, l’image… plutôt que l’idéologie ou le programme. Toutefois, cette stratégie marketing qu’est la peopolisation a un caractère offensif, dans notre pays, où les adversaires politiques, les médias et les réseaux sociaux essayent de porter atteinte à l’image de marque d’une personnalité rivale. L’universitaire a relevé des échantillons de cette stratégie en vogue dans quelques médias tunisiens tels que « Schems fm » et « mosaïque fm » où les trois acteurs de l’espace public installent de nouvelles relations entre eux. Tahar Ouchiha de l’université de Toulouse III a développé le thème de « la communication politique post-révolution en s’appuyant sur l’exemple algérien après octobre 1988 et celui de la Tunisie après la révolution de jasmin ». Dans cette étude comparative, il a essayé de démontrer la mutation des méthodes et des supports de communication et leurs répercussions dans le discours médiatique. A travers ces mécanismes de relais, il a voulu évaluer le rendement des nouvelles formations politiques émergentes dans ce contexte de démocratisation et voir si elles sont capables d’assurer la transition et suppléer à la dictature déchue.

Stérilité du langage

On voit mal comment peut-on comparer les deux cas, ce serait comparer l’incomparable et emprunter la démarche chat/chien qu’il a appelé, lui-même, à éviter dans toute étude comparative. Ce qui s’est produit dans les deux pays n’est pas assimilable à tous points de vue, dans un cas, c’est le régime qui a concédé des soi-disant libertés qui étaient imposées par la conjoncture caractérisée par la montée des Islamistes, dans l’autre, c’était le peuple qui a détrôné la dictature. Une liberté octroyée n’en est pas une, elle n’accède à ce statut que si et seulement si elle est arrachée par la force. Pour s’en persuader, on n’a qu’à se référer à la scène médiatique algérienne où les journalistes et les communicateurs jouissent d’une liberté enviable, puisque rien n’est tabou même pas la plus haute institution, à savoir la présidence de la République, et où, pourtant, rien ne change. Et quand c’est le cas, on ne peut pas parler d’un quatrième pouvoir, car cela suppose qu’il soit un agent à part entière dont l’action doit, nécessairement, influencer les décisions politiques. En Algérie, les critiques virulentes et les discours enflammés ne produisent aucun effet sur le terrain. On est encore loin de la performativité du langage préconisée par le linguiste anglais, Austin, l’auteur de l’adage « quand dire c’est faire ». La communication chez nous voisins de l’ouest est stérile, les autorités algériennes appliquent la devise « dis ce que tu veux, et moi, je fais ce que je veux ». Toutefois, n’est-on pas en train de subir l’effet de la contamination en Tunisie?

Faouzi KSIBI


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