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الأربعاء، 8 مايو، 2013

La Tunisie face au terrorisme, un dossier à gérer sans langue de bois



Avec la poursuite des opérations de ratissage dans les hauteurs de Jebel Chaâmbi (gouvernorat de Kasserine), les Tunisiens continuent à vivre dans la hantise d'éventuelles explosions qui se multiplient faisant de nombreux blessés, dont certains grièvement, parmi les forces de sécurité et de l’armée.


Les Tunisiens sont d’autant plus inquiets qu’ils sont submergés d’informations, de contre-informations, d’intox et autres rumeurs. Même les données fournies par les autorités dites officielles sont rarement concordantes.

Chacune de ces parties officielles y va de son côté avec ses déclarations et ses communiqués : la présidence de la République, le ministère de la Défense nationale, le ministère de l’Intérieur. Sans oublier les propos tenus par des responsables des différents syndicats des forces de sécurité et des membres de la Garde nationale… Alors que le chef du gouvernement brille par son mutisme le plus hermétique.

Ce dossier, qui touche à un aspect critique et sensible, à savoir, la défense nationale et la sécurité de la patrie, se trouve mal géré, notamment sur le plan de la communication. En effet, sous prétexte de la préservation du bon déroulement des opérations et de la nécessité de protéger la vie de nos soldats et agents de la sécurité, les informations sont distillées au compte-gouttes tout en étant marquées par la langue de bois.
Il est évident que les médias ne demandent pas à être dans le secret des actions militaires, mais ils ont droit à un minimum d’informations assez précises, du moins sur la nature des événements, sur leur degré de gravité et sur les perspectives.
Car le problème réside dans le degré de confiance qui est réduit à son maximum entre gouvernants et gouvernés, une tare dont on se plaignait sous l’ancien régime et qui continue à être de mise, aujourd’hui encore, plus de deux ans après la révolution.

Sous prétexte de ne pas faire régner un climat de psychose et d'éviter d'alarmer l’opinion publique, les officiels pratiquent encore les mêmes procédés que l’ancien régime en traitant les Tunisiens de mineurs pour des considérations d’intérêt national. Aussi, afin de ne pas alarmer les décideurs et les investisseurs aussi bien nationaux qu’internationaux, ces mêmes officiels essaient de démontrer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le régime de Ben Ali utilisait, exactement, les mêmes arguments et la même logique pour mater les médias et réduire au silence toutes les voix velléitaires de l’opposition.
Or, en se conduisant de la sorte, on obtient les effets contraires à ceux escomptés. La multiplication des infos de sources officielles différentes et l’absence de données claires et convaincantes ne peuvent qu’alimenter les rumeurs et renforcer la psychose, surtout s’il s’agit de faits touchant à d’éventuels et probables actes de terrorisme.

Voyons de plus près cette manière d’informer. On nous a parlé, officiellement, de découvertes de caches d’armes, voire carrément, de dépôts comme cela a été le cas près de Tunis où tout un arsenal d’armes et de munitions, comprenant même des roquettes RPG, a été saisi. Mais on ne nous a pas dit si des personnes ont été arrêtées… On ne nous a rien dit sur l’identité des trafiquants et sur leur appartenance… Bref, il n’y a eu aucune suite à cette affaire de la plus haute gravité. Comme si on avait découvert de simples jouets et des pétards !

On nous a parlé des découvertes similaires dans le sud, et là aussi, on a eu droit au même traitement. Des confrères algériens nous ont prévenus que le Tunisien Derbali Laâroussi, alias Abou Talha Attounsi faisant partie des personnes arrêtées dans l’attaque de l’usine gazière en Algérie In Amenas, a reconnu que l’AQMI (réseau d'Al Qaïda au Maghreb Islamique) se préparait à exécuter des attaques terroristes en Tunisie. Quelles suites a-t-on donné à ces révélations ?
Il y a un mois, le 3 avril 2013 plus précisément, on nous dit que les forces de l’ordre et l’armée nationale ont procédé à une opération de ratissage dans les deux régions, à savoir El Menkar et Jebel Châambi (gouvernorat de Kasserine), à la recherche d’un groupe de salafistes qui seraient impliqués dans les derniers événements qui ont eu lieu dans la région fin décembre 2013 et à Hay Ezzouhour au mois de janvier 2013. Ce, suite aux indications fournies par un des salafistes arrêtés dernièrement sur l’emplacement de la cachette de ses acolytes.

Un mois après, on s’aperçoit que les hauteurs de Jebel Chaâmbi sont, carrément, minées pour couvrir les déplacements ou la fuite d’éléments terroristes.
Aujourd’hui même, le porte-parole du ministère de l’intérieur a annoncé lors de sa conférence de presse que 37 individus impliqués de prés ou de loin avec les deux groupes terroristes, à savoir celui de Jebel Chaâmbi et celui de la région frontalière du Kef, ont été arrêtés. Ces derniers appartiennent à la Katiba Okba Ibn Nafaâ (réseau Al-Qaïda)
Par ailleurs 20 autres terroristes sont encore en fuite et traqués dans la région de Jebel Chaâmbi et 15 autres dans la région frontalière du Kef, sachant que, toujours d’après le même porte-parole, l’identité de chacun des terroristes en fuite est connue et qu’ils seront arrêtés dans les plus brefs délais.

Les Tunisiens ont, présents à l’esprit, les propos de M. Ali Laârayedh, du temps qu’il était ministre de l’Intérieur, affirmant que « l’identité des tueurs de Chokri Belaïd, en fuite, est connue et que leur arrestation aura lieu dans les heures ou les jours qui viennent ». Plus de deux mois après, on attend toujours.
Ce n’est pas de la sorte que les officiels vont gagner la confiance des citoyens tunisiens. Ce n’est pas avec de données vagues et de fausses promesses qu’ils vont les manipuler, histoire de gagner du temps.
Et puis, on assiste, notamment, ces derniers temps à des déclarations d’intimidation de certains officiels, sous forme de mises en garde et de menaces à l’encontre de « tous ceux qui tentent de s’adonner aux exagérations de nature à porter un coup au moral de nos forces armées et sécuritaires ». Encore une tentative de faire taire les médias, les partis politiques et la société civile.

Or, ces médias et partis politiques ne font que reproduire les dires des acteurs sur le terrain. Un exemple fort édifiant est celui de Sahbi Jouini, membre du comité dirigeant du syndicat des forces de l'ordre, qui assure qu'une police salafiste existe bel et bien et se trouve  derrière le meurtre de l'officier à Jebel Jloud, contrairement à ce que déclarent plusieurs parties qui ne veulent pas admettre l'existence d'une telle police parallèle.
Il ajoute que pour face à ce genre de phénomène, la Tunisie a besoin d'une stratégie claire et d’une décision politique qui lui permettra de mettre fin à la montée de la violence et du terrorisme et non accorder de simples déclarations aux médias.

Dans l’attente de cette éventuelle décision politique, tout peut arriver, y compris le pire et l’irrémédiable.


Noureddine HLAOUIa

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