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الأربعاء، 27 أغسطس 2014

PRESSE : VERS UN MONDE SANS PAPIER




France Soir et La Tribune qui disparaissent, plus de cent cinquante journaux qui ferment en dix ans aux États-Unis, des vagues de licenciements dans les rédactions européennes…: les quotidiens sont assurément en crise ! Aujourd'hui, même la presse allemande, réputée jusqu'ici prospère, vacille. Avec l'arrivée d'Internet,  l'information circule par d'autres canaux (sites, blogs,  réseaux sociaux…), de plus en plus rapidement et le plus souvent gratuitement. Face à cette nouvelle concurrence et aux nouveaux usages du lecteur, comment les grands groupes de presse réagissent-ils et organisent-ils leur "migration numérique" ?

À quel prix ? Algorithmes et robots deviennent-ils l'avenir de la presse ? Quel rôle tient le journaliste aujourd'hui au milieu de ces flux incessants d'informations ? De l'Europe aux États-Unis, où le numérique a déjà largement supplanté le papier, en passant par l'Inde, où les journaux sont encore en bonne santé, l'enquête menée par deux anciens journalistes de Libération (Marie-Ève Chamard et Philippe Kieffer) s'immisce au sein des rédactions pour explorer les différentes pistes de mutation qu'elles expérimentent. Avec à l'appui, de nombreux témoignages de journalistes et de rédacteurs en chef de différents quotidiens (The Guardian, Libération, Le Monde, Bild, New York Times…) et l'analyse du philosophe Jean-Michel Besnier.

Les mutations du journalisme

Comment faire évoluer le métier de journaliste face à une information foisonnante et continue ? Comment capter et fidéliser un lecteur susceptible de la partager et d'y réagir à tout instant ? Et surtout comment financer les rédactions dans un environnement où règne la gratuité ? Si le New York Time semble faire figure de modèle en matière de transition numérique, avec son site payant comptant aujourd'hui 700 000 abonnés, la plupart des quotidiens tâtonnent encore. Les uns ont recours à des outils d'analyse du comportement de l'internaute, comme ce journal local des environs de New-York ou le tabloïd allemand Bild. D'autres comme Le Monde préfère cultiver leur image de marque et jouer des temporalités différentes entre le papier et le web. Ce qui est sûr c'est que le métier de journaliste change radicalement : il doit désormais se faire "cyborg" comme le souligne un journaliste américain, c'est-à-dire s'appuyer à la fois sur la machine et la puissance de l'algorithme pour trier l'information et sur son expérience proprement humaine pour fournir une analyse de qualité. Ce qui a un coût bien sûr, que malheureusement les abonnements payants et les publicités ne parviennent pas encore à réellement financer.


INTERVIEW DU RÉALISATEUR PIERRE-OLIVIER FRANÇOIS

Pierre-Olivier François nous parle de son documentaire « Presse - vers un monde sans papier ».


« Vous avez fait des recherches pour les rédactions de journaux quotidiens aux Etats-Unis, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en France et en Inde. Quelles différences dans la manière de gérer les enjeux de la révolution numérique avez-vous pu constater? »
Ce qui est frappant, c’est à quel point Internet est une révolution difficile à comprendre et à vivre pour tous les journaux. Tout a changé dans le petit monde de la presse : son business-model, les habitudes des journalistes et les attentes des lecteurs. Aux Etats-Unis, l’impact de ce bouleversement est bien sûr le plus avancé. L’hécatombe de journaux quotidiens y a été très sévère, mais, le dos au mur, les journalistes y ont aussi le plus intégré le fonctionnement de l’information online. Imaginez des journaux locaux où tout journaliste sait aussi faire des vidéos pour le site web ! Et au New York Times, le modèle pour beaucoup de journaux dans le monde, on réfléchit à des applications parlantes qui pourraient intégrer votre salle de bain ou vos lunettes ! En Allemagne au contraire, les grands éditeurs comme Springer ont su mieux résister, aussi parce que le lectorat est plus attaché au papier. La transition est moins sanglante et chaotique. En France, beaucoup de journaux, moins puissants se demandent s'ils survivront à cette phase de transition entre presse papier déclinante et sites de journaux qui deviennent progressivement payants. Ce que nous avons pu filmer, c'est comment chacun apprend des autres et essaye de s'adapter à la révolution en cours, en fonction de sa propre tradition de presse écrite.
« C’est en Inde qu’est imprimé aujourd’hui un cinquième des journaux dans le monde. Pour autant, la filière indienne a-t-elle les reins assez solides pour se soustraire à la disparition de la presse écrite ? »
A force de regarder la crise en Occident, on oublie qu’en Chine et en Inde, la presse écrite est encore en pleine croissance. Il nous a donc paru important d’aller dans un pays où des journaux régionaux tirent à 3 millions d'exemplaires par jour, où la publicité est en plein boom, et le lectorat reste le centre de toutes les attentions. En Inde, des catégories importantes de la population ont tout juste accès à la lecture ou sortent de l'extrême pauvreté ; et la première chose qu'ils veulent, c’est un journal quotidien en papier, signe de permanence. Les rédacteurs en chef parlent de leurs lecteurs comme de membres de leur famille ! Cela ne veut pas dire que le pays ne sera pas touché dans quelques années par la révolution Internet, mais les journaux ont plus de temps pour s'y adapter. Et en attendant, ils continuent d’être de puissantes entreprises génératrices de cash.
Selon vous, à quoi ressemblera le journal du XXIe siècle ?
Ce qui est certain, c'est que le « quotidien », au sens de rendez-vous et de concentré matinal de tout ce qui s'est passé la veille dans tous les domaines, est un modèle en fin de course. C'est tout simplement dépassé par rapport à la demande croissante d’information en temps réel. Après, bien malin celui qui saura définir le journal de demain. Pour certains, il faut que cela reste le lieu où des professionnels auront trié, mis en forme et dans le contexte les informations les plus importantes – Irak, réformes politiques, chômage –, même si ce n'est pas forcément pas le choix plus rentable en terme de publicité. Pour d’autres, ce seront des journaux faits sur mesure pour chacun de nous, en fonction de nos centres d'intérêts suivis à traces par des algorithmes de plus en plus prédictifs, et peut-être même des robots-journalistes. Parfait pour les publicités individuellement ciblées, mais avec le danger que certaines grandes informations nous passent à côté, ce qui n'est jamais bon dans une démocratie.

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