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الثلاثاء، 12 يناير، 2016

Béji Caïd Essebsi: «Mon fils avant mes compagnons de lutte»?Par Mehdi Jendoubi *


http://kapitalis.com/tunisie/2016/01/11/beji-caid-essebsi-mon-fils-avant-mes-compagnons-de-lutte/
La «patrie avant le parti», aimait répéter Béji Caïd Essebsi. Aujourd’hui, il fait passer son fils avant ses compagnons de lutte.
Monsieur le président, vous avez eu une faiblesse humaine, et je vous comprends. Un homme d’Etat est aussi un papa et je n’aurai pas mieux fait. Le fils du président est désormais l’homme clé, de Nidaa, premier parti de Tunisie.

Mais puisque la politique ne se réduit pas aux bons sentiments, quel sens peut avoir ce message fort envoyé aux Tunisiens après une année au pouvoir ? J’en vois trois, tous inquiétants.
La filiation est naturellement biologique mais en politique comme en littérature la filiation est intellectuelle, morale et culturelle. Les nombreux militants qui ont entouré le fondateur de Nidaa, qui ont contribué à la formalisation du projet et qui lui ont donné toute sa crédibilité par leur crédit politique, leur compétence et leur force de persuasion sont tous les vrais fils spirituels du président fondateur y compris les plus rebelles réunis au palais des congrès de Tunis, ce week-end.

L’amertume des compagnons

Opter pour la filiation spirituelle aurait été un pari sur l’intelligence, affirmé une valeur de modernité à l’adresse des jeunes et calmé les esprits les plus rebelles. Cela n’a pas été fait. Premier message reçu: «Mes compagnons de route, vous avez les limites de vos gènes.» Quelle amertume silencieuse les compagnons, même les plus fidèle, porteront-ils au fond du coeur !
Deuxième message, plus grave encore. Les co-fondateurs de Nidaa sont bardés de toutes formes de légitimités: ils ont de hauts diplômes et sont auteurs de livres d’économie, de droit ou de littérature; ils ont dirigé des ministères ou de grandes entreprises ou ont  fait de la prison sous Bourguiba et Ben Ali parce qu’ils ont exercé leur droit de citoyens; ils ont par leur militantisme animé l’espace public tunisien depuis trois décennies dans les moments les plus difficiles. Mais, en Tunisie après la révolution de 2010, ces formes de légitimités sont insuffisantes. Ces braves compagnons venant du Destour, de la gauche, du syndicalisme ou des droits de l’homme ont le défaut de leur naissance. Bonne nouvelle aux fils de «bonnes familles» mais bien triste pour tous les autres.
Mais le pire de tous les messages, vous le verrez immédiatement répercuté à travers toute la république. Parmi les ministres, gouverneurs, Pdg, directeurs, et tous ceux qui auront une parcelle de pouvoir, qui pourra vous reprocher de favoriser un proche? La leçon sera vite dupliquée : l’exemple venant d’en haut.
Mais la Tunisie n’est pas et ne sera pas le Liban. Le titre de «zaim» (leader) ne s’hérite pas. Il se mérite, et il faut se lever très tôt pour faire de la politique. Se faire proclamer par des militants dans une salle d’hôtel est une chose, mais se  faire élire par les citoyens votants en est une autre.
J’ai failli oublier: le projet de société moderne, redonner de l’espoir aux jeunes qui se jettent par milliers en Méditerranée ou dans les bras du terrorisme, et les 100 salles de spectacles et la participation citoyenne aux élections municipales et régionales, c’est pour quand?
Une année de pouvoir c’est 20% du mandat, et pour 100 salles promises sur 5 ans, il devrait y en avoir 20 d’ouvertes déjà… mais cela c’est le programme de Nidaa. Je n’y ai pas lu: placer mon fils aux commandes.
La «patrie avant le parti», aimiez-vous répéter et j’y ai cru naïvement… mais désormais le refrain le plus approprié ne serait-il pas: «Mon fils avant mes compagnons de lutte»?

* Universitaire.

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